Surpâturage et feux de brousse : un documentaire relance le débat environnemental au Sénégal
Face à la pression croissante de l’élevage sur les écosystèmes et à la multiplication des feux de brousse, un film documentaire soutenu par la Fondation Konrad Adenauer sera projeté ce mardi 16 décembre 2025 à Dakar. Intitulé AAKIMO, le film met en lumière les conséquences sociales et environnementales de ces phénomènes et appelle à une prise de conscience collective.
L’élevage constitue l’un des piliers de l’économie sénégalaise. Il représente une part significative du produit intérieur brut (PIB) et joue un rôle central dans la sécurité alimentaire du pays, notamment à travers l’approvisionnement en protéines animales. Mais ce secteur stratégique connaît aujourd’hui de profondes mutations, sous l’effet de la croissance démographique, de l’augmentation des importations de bétail depuis les pays voisins et de la pression accrue sur les ressources naturelles.
Dans les régions du Nord et de l’Est du Sénégal, le surpâturage est devenu une réalité préoccupante. Les écosystèmes y sont fortement sollicités, au point que les ressources naturelles peinent à se régénérer. Les forages profonds, indispensables à la survie des communautés rurales, ont paradoxalement favorisé l’augmentation de la taille des troupeaux en créant des conditions artificielles d’abreuvement. Les progrès vétérinaires, en améliorant la survie du cheptel, accentuent encore cette pression sur les milieux naturels.
Résultat : l’équilibre écologique est rompu. La multiplication des bovins et des ovins entraîne une dégradation accélérée des sols, la disparition progressive de la savane arborée et l’extension de zones sahéliennes dégradées. Ces déséquilibres ont également des répercussions sociales, avec l’émergence de conflits entre agriculteurs sédentaires et éleveurs nomades, ainsi qu’une recrudescence des vols de bétail contribuant à l’insécurité transfrontalière.
Plus au sud du pays, une autre menace pèse sur les forêts et les villages : les feux de brousse. Provoqués par des causes diverses — négligence, pratiques agricoles comme l’écobuage ou encore braconnage — ces incendies appauvrissent la flore et la faune et réduisent les ressources naturelles dont dépendent les populations locales.
Les conséquences environnementales sont majeures. Les études scientifiques montrent que la présence de forêts denses de plus de 25 km² peut influencer les précipitations à plus de 60 %. À l’inverse, la disparition du couvert forestier entraîne une hausse des températures pouvant dépasser les 50 °C, compromettant l’agriculture, le bien-être des populations et l’alimentation du bétail. La biodiversité est gravement menacée, le captage du carbone n’est plus assuré et les territoires basculent progressivement vers la désertification.
C’est dans ce contexte que la Fondation Konrad Adenauer a parrainé le film documentaire AAKIMO, consacré au surpâturage et aux feux de brousse au Sénégal. Tourné dans les régions de Matam, Saint-Louis et Tambacounda, le film sera projeté mardi 16 décembre 2025 à 15 heures, à la salle Seanema du Sea Plaza, à Dakar. La projection sera suivie d’un débat citoyen modéré par le Professeur Adams Tidjani, directeur de l’Institut des Métiers de l’Environnement et de la Métrologie.
L’objectif de AAKIMO est double : montrer les impacts sociaux et environnementaux de ces phénomènes et ouvrir un débat public sur la gestion durable des ressources naturelles. Le documentaire ambitionne également de sensibiliser les populations locales, les décideurs politiques et les élites, à travers des ciné-débats et les réseaux sociaux.
Des représentants du Centre de suivi écologique, de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA), de la Direction de l’Élevage, de l’Assemblée nationale et de la société civile sont attendus à cette projection, qui s’annonce comme un temps fort de réflexion sur l’avenir environnemental du Sénégal.

