Abdou Karim Sall : « L’accord technique annoncé avec le FMI constitue un signal encourageant, mais à mon avis … » (troisième partie)
Cette interview est extraite de l’article, réalisé par Dakar actu, issu d’un entretien avec l’honorable député maire de la commune de Mbao, diffusé le 13 septembre 2026. Député et maire de Mbao, Abdou Karim Sall revient, dans cet entretien avec Dakaractu, sur l’obtention du récépissé officiel de son parti And Ci Kooluté ngir Sénégal (AKS), le 21 août 2026, après deux ans de fonctionnement en coalition. L’occasion pour le président d’AKS de détailler sa stratégie d’implantation nationale, de repositionner son parti dans l’opposition « démocratique » et non « systématique », et de revenir sur les 0,59 % obtenus en 2024. Il est revenu sur plusieurs sujets d’actualités notamment sur l’accord avec le Fmi.
Où en est la cohésion interne de la coalition, notamment face aux tensions et aux ralliements ?
Comme toute organisation politique en construction, AKS a connu des évolutions, des départs et de nouvelles adhésions. Cela fait partie de la vie normale d’un mouvement on ne peut pas y échapper. L’essentiel est que le socle du parti reste solide et que notre projet dépasse les trajectoires individuelles. Nous travaillons à renforcer la discipline, la démocratie interne et la clarification des responsabilités. Je l’ai dit dans mes déclarations en français, wolof et pulaar sur ma page Facebook, AKS reste ouvert à tous ceux qui adhèrent sincèrement à ses valeurs. Mais notre parti ne sera ni une gare de passage ni un instrument au service d’ambitions personnelles. La loyauté envers le projet collectif est indispensable.
Comment le flou sur le calendrier des élections territoriales affecte-t-il votre stratégie à Mbao ?
Le recours visant à contraindre les autorités à fixer la date des élections territoriales a été rejeté par la Cour suprême le 27 août 2026. Le flou politique demeure cependant tant qu’un calendrier officiel, précis et suffisamment anticipé n’est pas publié. Cette situation ne change pas notre manière de travailler, nous nous préparons pour éviter la surprise des dernières élections législatives. Il s’ajoute qu’un maire ne doit pas attendre une élection pour servir sa commune. Nous poursuivons donc l’exécution de nos projets et notre présence quotidienne auprès des populations. Sur le plan politique, nous nous préparons à toutes les hypothèses. Nous demandons surtout que les règles et le calendrier soient clarifiés rapidement, car la prévisibilité électorale est une exigence démocratique.
Quelle est votre appréciation générale de la Déclaration de politique générale ?
La Déclaration de politique générale comporte des orientations pertinentes, notamment sur le redressement des finances publiques, l’emploi, la souveraineté économique et alimentaire, ainsi que l’équité territoriale. Ces priorités correspondent aux préoccupations du pays. Cependant, une DPG ne doit pas être uniquement un catalogue d’intentions. Elle doit préciser les moyens financiers, les responsabilités, les délais et les indicateurs permettant d’évaluer les résultats. Je prends acte des engagements annoncés, mais je resterai vigilant sur leur traduction concrète. Le peuple sénégalais attend désormais des résultats mesurables, et non de nouvelles promesses.
Sur l’emploi, le coût de la vie, l’éducation, la santé et la rigueur budgétaire, quels engagements sont précis et lesquels restent flous ?
Sur la rigueur budgétaire, le Gouvernement a clairement identifié la nécessité de redresser les comptes publics, d’apurer les arriérés et de traiter la question de la dette. Le diagnostic paraît relativement précis. En revanche, sur l’emploi, le coût de la vie, l’éducation et la santé, plusieurs orientations restent générales. Nous avons besoin de connaître le nombre d’emplois visés, les secteurs concernés, le calendrier de recrutement ou de création d’activités, les ressources affectées à l’école et à la santé, ainsi que les mesures concrètes de protection du pouvoir d’achat. La volonté de mieux cibler les subventions peut être entendue, mais elle ne doit pas se traduire par une hausse brutale des prix supportée par les ménages modestes et les classes moyennes.
Le Premier ministre parle d’un changement de méthode plutôt que d’un changement de cap depuis le limogeage d’Ousmane Sonko. Partagez-vous cette lecture ?
Le référentiel Sénégal 2050 demeure officiellement le cap du Gouvernement. On peut donc comprendre l’affirmation selon laquelle il s’agit d’abord d’un changement de méthode. Mais une méthode n’est crédible que si elle produit des résultats différents. Si les priorités, les arbitrages budgétaires, l’organisation gouvernementale et les rapports avec la majorité évoluent, nous serons nécessairement confrontés à une inflexion politique, même si elle n’est pas présentée comme un changement de cap. Il faut donc juger sur les actes : la capacité à rétablir la confiance, à améliorer les conditions de vie et à assurer la stabilité des institutions.
Un gouvernement sans représentation formelle de Pastef depuis juin est-il tenable dans la durée ?
Juridiquement, le Gouvernement peut exercer ses fonctions tant qu’il bénéficie de la confiance du Président de la République et qu’il n’est pas renversé par l’Assemblée nationale. Politiquement, la situation est beaucoup plus délicate. Pastef demeure une force parlementaire déterminante. Un décalage durable entre l’exécutif et la majorité expose le pays à des blocages, à des tensions répétées et à une instabilité institutionnelle même Sonko nie toute instabilité institutionnelle. La responsabilité incombe au Président de la République. Il doit clarifier sa majorité, son orientation et les conditions dans lesquelles le Gouvernement pourra mettre en œuvre sa politique.
Quelle lecture faites-vous des décisions du Conseil constitutionnel sur la loi no 18 de 2026 et les crédits spéciaux ?
Ces décisions rappellent un principe essentiel : aucune majorité, aussi importante soit-elle, n’est au-dessus de la Constitution. L’invalidation de la loi no 18 de 2026 repose notamment sur le non-respect de règles constitutionnelles relatives à la création de charges publiques et à la procédure du vote bloqué. Concernant les crédits spéciaux, le Conseil a déclaré la proposition irrecevable en considérant que le législateur empiétait sur un domaine relevant d’une autre catégorie de normes. Sur le fond, la transparence dans la gestion des ressources publiques reste indispensable. Mais cette transparence doit être recherchée dans le strict respect de la Constitution, de la séparation des pouvoirs et des procédures législatives.
Comment appréciez-vous la gestion du bras de fer entre le Front syndical et l’État sur les réformes sociales ?
Je regrette que nous soyons arrivés à une menace de grève générale de 72 heures. Les réformes du Code du travail et de la sécurité sociale touchent directement aux droits des travailleurs et à l’équilibre entre l’État, les employeurs et les syndicats. Elles ne peuvent pas être conduites sans une concertation approfondie et sincère avec les partenaires sociaux. Le dialogue ne doit pas être une formalité organisée après les décisions. J’appelle le Gouvernement à suspendre toute logique de confrontation, à rouvrir les discussions et à rechercher un compromis garantissant les droits des travailleurs, la compétitivité des entreprises et la stabilité sociale.
Quel est l’état de la confiance des partenaires financiers envers le Sénégal ?
La confiance est fragilisée, mais elle peut être restaurée. L’accord technique annoncé avec le FMI constitue un signal encourageant, mais à mon avis il ne règle pas toutes les difficultés. Le niveau de la dette, les arriérés de paiement, les interrogations sur son traitement et les dégradations de la notation souveraine montrent que les partenaires et les marchés restent prudents. Le Gouvernement doit publier une information fiable, cohérente et transparente, puis présenter une stratégie crédible de redressement. Il faut toutefois éviter que l’ajustement repose exclusivement sur les ménages, les travailleurs et les entreprises nationales. Le redressement budgétaire doit protéger l’investissement, l’emploi et les services sociaux essentiels.
Quel rôle AKS entend-il jouer aux prochaines élections locales : force d’appoint, pôle autonome ou partenaire de dialogue ?
AKS se prépare d’abord comme je l’ai dit plus haut comme un pôle politique autonome. Nous voulons présenter notre vision, défendre notre identité et proposer des candidats capables de répondre aux attentes des populations. Cette autonomie n’exclut pas le dialogue. Des alliances peuvent être envisagées lorsqu’elles reposent sur un programme local clair, des valeurs communes et des engagements précis. AKS ne sera pas une simple force d’appoint. Nous voulons être une force de proposition, de rassemblement et, partout où les populations nous feront confiance, une force de gestion et de transformation.
Source : Dakaractu

