NDÈYE MARIÈME SAMB, COORDONNATRICE DU PUMA: « Les frontières sont une priorité de l’État »
A la suite de l’incident survenu à la frontière sénégalo-gambienne, la coordonnatrice du Puma revient sur les actions engagées pour renforcer la présence de l’État, désenclaver les territoires frontaliers et améliorer l’accès des populations aux services sociaux de base.
À la lumière de l’incident survenu à la frontière entre le Sénégal et la Gambie, le 16 juillet 2026, en quoi le Programme d’urgence de modernisation des axes et territoires frontaliers (Puma) apparait-il comme un outil stratégique pour renforcer la présence de l’État et consolider la souveraineté nationale dans les zones frontalières ?
Nous sommes rassurés que les autorités sénégalaises aient pris la pleine mesure de la situation. Dans les zones frontalières, ce type de situation survient souvent, mais il existe des mécanismes diplomatiques et communautaires qui permettent de trouver rapidement des solutions. Nous rappelons aussi que le Sénégal et la Gambie entretiennent des liens de voisinage séculaires et que les relations entre les deux peuples ont toujours été excellentes. Concernant les actions du Puma dans les zones fron-talières, elles sont nombreuses. Il y a la construction d’infrastructures de sécurité le long des frontières pour renforcer la présence de l’État du Sénégal. À ce jour, le Puma a construit 16 infrastructures de sécurité (postes frontaliers mixtes, brigades de gendarmerie, postes de police, etc.). Le désenclavement de localités victimes d’un enclavement critique afin de renforcer le sentiment d’appartenance des populations à la nation sénégalaise fait partie de ses initiatives. En 2025, le Puma a désenclavé la localité de Dimbaya (commune de Ka-taba I), grâce à un investissement de plus de 350 millions de FCfa. Les travaux ont permis à cette localité de disposer d’une piste de 2,5 km reliant Touba Tranquille, d’une école moderne dotée d’une salle informatique équipée, d’une antenne Vsat, d’un forage, d’un périmètre maraîcher et d’un moulin. De plus, le Puma a réalisé des centaines de kilomètres de pistes dans les zones frontalières.
Il assure également la modernisation des locaux de l’Administration territoriale.Cela permet d’assurer la continuité du service public et de rapprocher les services administratifs des usagers (préfectures, sous-préfectures). En dotant ces services d’antennes Vsat, le Puma facilite leur coordination avec les services de l’État.L’une des missions du Puma est d’améliorer les conditions de vie des populations vivant dans les zones frontalières.
Quelles actions concrètes avez-vous engagées pour leur permettre d’accéder, sur le territoire national, aux services sociaux de base (santé, éducation, eau, etc.) sans être contraintes de se tourner vers les pays voisins ?
La réduction de la dépendance des populations frontalières du Sénégal aux services sociaux des pays voisins est un vaste chantier sur lequel nous travaillons. Nous avons évoqué tout à l’heure l’exemple de Dim-baya, dans la commune de Kataba 1, région de Ziguinchor. Cette phase pilote a permis de moderniser ce village enclavé, qui dépendait totalement de la Gambie. La semaine dernière, nous étions également a Baria, dans la commune de Keur Saloum Diané (Fatick), pour lancer les travaux d’un forage, d’un château d’eau et d’une extension du réseau d’adduction d’eau potable, pour un montant de 165 millions de FCfa.
Il y a trois mois, nous étions à Kédougou où nous allons réaliser plusieurs projets, notamment des postes de santé, des salles de classe, des périmètres maraîchers ainsi que la dotation en équipements post-récolte et de transformation afin de fournir un service public de qualité. Cette semaine, nous sommes à Saré Lao (commune de Niagha), près de la frontière avec la Guinée-Bissau, pour inaugurer un nouveau poste de santé et une école à Bona (Sédhiou). Et il en sera ainsi pour le reste de l’année. Le Puma assure une présence positive et effective dans les territoires frontaliers avec, à ce jour, des réalisations palpables. On peut citer, à titre indicatif, le désenclavement des localités frontalières avec 367 km de pistes réalisés, 39 postes de santé construits, 143 ambulances distribuées et 53 forages réalisés. Il y a aussi la prise en compte de la spécificité des territoires frontaliers et l’élaboration de réponses adaptées, telles que le Projet de désenclavement des zones frontalières, le Projet d’amélioration de l’accès universel à l’électrification, le Projet de modernisation de Médina Yoro Foulah ou encore le Projet spécial de modernisation des iles.
Le Puma a compris que certaines localités, au-delà de l’obligation d’assurer l’équité dans le traitement des citoyens, quel que soit leur lieu de résidence, méritent une attention particulière. L’État du Sénégal a également besoin, d’un point de vue stra-tégique, d’une présence positive, en particulier dans les zones frontalières, compte tenu des nombreux enjeux, notamment en matière de sécurité. Il y a aussi l’alignement sur la « Vision Sénégal 2050 », avec le « Plan Diomaye pour la Casamance » dans le cadre duquel le Puma réalise actuellement des investissements de 5,3 milliards de FCfa, ainsi que le « Plan Diomaye Sénégal oriental ».
Lors du dernier Conseil des ministres, le président de la République a demandé le renforcement des ressources allouées au Puma. Comment accueillez-vous cette instruction et quelles perspectives ouvre-t-elle pour le déploiement du programme ?
Nous remercions la plus haute autorité, le président de la République, pour son attention et son accompagnement. Nul n’ignore l’importance de l’équité territoriale dans sa vision
politique. Malgré la situation économique difficile, il a pensé aux populations des zones frontalières. Nous saluons également l’engagement de notre ministre de tutelle dans le portage et le plaidoyer en faveur du programme. Le ministre des Infrastructures, M. Déthié Fall, est un témoin privilégié des réalisations du Puma et de leur impact sur les conditions de vie des populations des zones frontalières. Ces ressources complémentaires constituent une réponse aux multiples sollicitations ur-gentes. Elles permettront au Programme de sortir, dans l’urgence, certaines populations de la précarité, de réduire le déficit infrastructurel dans les zones frontalières et de rappeler aux bénéficiaires que l’État du Sénégal les place au rang de priorité dans la mise en œuvre de ses politiques publiques. Enfin, ces ressources complémentaires consolideront le mécanisme de réponse d’urgence, qui constitue la vocation du Puma. Le Programme a besoin de ces ressources, mais aussi d’une plus grande célérité dans leur mobilisation, dans le respect des règles de bonne gouvernance chères au
chef de l’Etat.

