L’impasse politique actuelle dans le pays auquel s’ajoutent des conflits d’intérêt entre l’exécutif et le Conseil constitutionnel confirment le malaise. Le Conseil constitutionnel est comme jamais mis à une rude épreuve. Dans cet entretien, l’enseignant -chercheur en sciences politiques à l’UCAD aborde les différentes péripéties qui marque en ce moment la politique sénégalaise. Entretien.
Etes-vous d’avis que l’organisation d’un dialogue national s’imposait pour pouvoir fixer une nouvelle date de l’élection présidentielle?
Il était inopportun. Dans la mesure où le président de la République, le Conseil constitutionnel lui demandait de fixer une date. Le Conseil constitutionnel ne lui demandait nullement d’organiser un dialogue. Il s’agissait dans le cadre du respect des institutions et aussi dans le cadre de la séparation du pouvoir. Parce que nous sommes dans une République chacun a son rôle bien déterminé. Le Président la République ici, il n’a pas à interpréter. C’est le Conseil constitutionnel, en matière électorale qui à la charge de cette responsabilité. Le Conseil constitutionnel s’est prononcé.
Manifestement, le président de la République ne veut pas appliquer la décision du Conseil constitutionnel et il a cherché des subterfuges et le dialogue en fait partie. C’est un dialogue qui se dit national et on a bien vu qu’il n’en est rien. Mais c’est surtout des partisans du Président, une clientèle avec des associations qui se réclament plus ou moins de la société civile mais qui n’ont pas fondamentalement une grande autonomie par rapport au pouvoir, avec des religieux qui aussi ne peuvent pas symboliser toute la nation entière qui représente des intérêts privés, il faut le reconnaître. D’ailleurs à ce niveau-là, il faut regarder la subtilité de l’Église catholique.
J’ai vu un peu partout dans les réseaux sociaux certains citoyens se féliciter de la de la décision de l’Église. Mais ce que beaucoup de gens oublient, c’est que l’Église, les dirigeants de l’Église n’ont pas eu le courage de venir le dire. Ça témoigne en définitive, que la position de l’Église est une position très prudente. Parce que l’Église elle-même, en prenant cette décision là, n’est pas venue par ces représentants dire qu’elle voulait une organisation des élections le 2 avril. L’Église a préféré confier cette tâche à une organisation de laïcs plus ou moins. Ça témoigne. Pourquoi les hommes d’Église ne sont pas venus porter ce discours ? C’était une parenthèse pour vous montrer en définitif. Ce qui se sont présentés, n’ont pas eu le courage et n’ont pas eu la volonté de dire la vérité au président. C’est pas à eux de décider pour toute la nation entière, ce sont les institutions dans le cadre des institutions, en particulier le Conseil constitutionnel qui a cette tâche. Là, maintenant des décisions ont été prises. On verra ce que le Conseil constitutionnel va dire puisqu’on attend d’un moment à l’autre le décret et ce décret là, il est clair qu’il va être attaqué. Maintenant on verra si le Conseil constitutionnel est assez courageux pour s’opposer. Parce que fondamentalement, c’est une question de faiblesse des institutions.
Ce que vous dîtes traduit-il une faiblesse des institutions du pays?
Tout ceux qui parlent d’État de droit ne sont pas en phase avec la réalité. On n’est même pas dans le cadre d’une séparation de pouvoir. Parce que si, en définitive les institutions étaient fortes, le Conseil constitutionnel allait avoir le courage de fixer une date en sachant pertinemment, qu’il est en face de politiques qui ne sont pas de bonne foi. Au Sénégal, lorsqu’on pense que c’est pas suffisamment clair on a l’habitude d’interpréter. Ce n’est pas la première fois. Lorsqu’il s’est agi de voir si le président la République avait la possibilité de diminuer son mandat, le problème s’est posé. Au Sénégal, on a vu qu’il y a un certain juridisme qui n’a pas trop de sens. C’est la raison pour laquelle le Conseil constitutionnel, comprenant les enjeux, aurait dû pour mettre un terme à la récréation et régler définitivement la crise, avoir le courage de fixer une date. Le Conseil constitutionnel ne l’a pas fait pour la simple raison, parce qu’il y a beaucoup de gens qui font ce que j’appelle des analyses à posteriori.
C’est quoi une analyse à posteriori ?
C’est l’idée de dire, le Conseil constitutionnel ne l’a pas fait parce que c’est le rôle du président de la République. Non, ça c’est une analyse à posteriori. Si le Conseil constitutionnel avait pris la décision, personne n’aurait rien dit parce que le Conseil constitutionnel a ce pouvoir, en vertu de la loi. Maintenant, on va voir si effectivement ça confirme la faiblesse de nos institutions. Tout cela dépendra de la décision du Conseil. Parce que le Conseil constitutionnel, je l’espère, n’ose pas se dédire ce serait la preuve non seulement d’un manque d’indépendance, mais d’une faiblesse institutionnelle qui nous laisse vraiment dans un environnement très très délicat.
Par conséquent, si dans le cadre d’un prochain régime, on arrive à justifier que ce qui s’est passé entre 2021 et 2024 constitue des crimes contre l’humanité ou des crimes de tortures, parce qu’on a beaucoup parlé de tortures bien sûr, l’amnistie n’aura aucun sens sur le plan international. Sur le plan interne peut-être, mais sur le plan international, non. On ne peut pas pardonner les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les crimes de torture. Ça Il faut que les acteurs en prennent conscience, mais que maintenant, sur le plan interne, il est évident que si il y a une loi d’amnistie, je ne vois pas comment elle ne s’appliquerait pas. Mais ça remet en cause la question de la justice. Mais les crimes ne sont pas effacées sur le plan international.
Les commentaires sont fermés.