Concurrence déloyale, coûts portuaires élevés, difficultés logistiques et insuffisance du dialogue avec les pouvoirs publics : le secteur privé sénégalais tire la sonnette d’alarme.

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Concurrence déloyale, coûts portuaires élevés, difficultés logistiques et insuffisance du dialogue avec les pouvoirs publics : le secteur privé sénégalais tire la sonnette d’alarme. Réunies mercredi à la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Dakar (CCIAD), l’UNACOIS, l’ACIS et le Collectif des Entreprises et Acteurs du Transport et de la Logistique du Commerce Sénégalais (CEATLCS) ont dressé un tableau préoccupant de la situation de l’entreprise nationale.

Le ton était grave. Sous le thème « Sauver l’entreprise sénégalaise : face à la concurrence déloyale et au chaos », les trois organisations professionnelles ont voulu attirer l’attention de l’opinion publique et des pouvoirs publics sur les difficultés auxquelles seraient confrontées de nombreuses entreprises sénégalaises.

Dans un contexte marqué, selon elles, par le ralentissement de l’activité économique, la persistance des tensions inflationnistes, les difficultés de trésorerie et l’érosion du pouvoir d’achat, le secteur privé estime qu’il est désormais urgent d’agir.

« Nous ne sommes pas ici pour nous plaindre. Nous sommes ici pour alerter la Nation et l’opinion publique », ont déclaré les représentants des organisations, qui appellent les autorités à prendre des mesures urgentes afin de préserver les entreprises, les emplois et, plus largement, la stabilité économique et sociale du pays.

Trois préoccupations majeures dominent leur analyse : la concurrence qu’elles jugent déloyale, les dysfonctionnements et surcoûts liés à la chaîne portuaire, ainsi que l’insuffisance du dialogue entre l’État et le secteur privé.

Premier sujet d’inquiétude : les conditions dans lesquelles s’exerce la concurrence sur le marché national.

L’UNACOIS, l’ACIS et le CEATLCS dénoncent notamment l’arrivée sur le marché de produits qu’elles présentent comme subventionnés ou sous-facturés. Elles évoquent également le développement d’activités commerciales opérant, selon elles, en dehors des circuits formels de contrôle et de fiscalisation.

Les organisations professionnelles s’inquiètent, par ailleurs, de la présence de certains groupes étrangers auxquels elles estiment que des avantages seraient accordés, alors que les PME sénégalaises seraient confrontées à des contraintes importantes.

Pour ces acteurs, cette situation risque d’accentuer la fragilisation du tissu économique national, notamment des petites et moyennes entreprises, avec des conséquences directes sur l’investissement et l’emploi.

Face à cette situation, ils demandent notamment l’activation de mécanismes de sauvegarde et la mise en place d’une Autorité de la concurrence indépendante, disposant de moyens suffisants pour contrôler le marché et sanctionner les pratiques jugées anticoncurrentielles.

Les organisations professionnelles dénoncent une accumulation de coûts qu’elles considèrent comme excessifs, notamment en matière de manutention, de stationnement, de relevage, de surestaries et de détention.

Selon elles, les délais dans le traitement et la libération de certaines marchandises peuvent entraîner des charges supplémentaires pour les importateurs et, par ricochet, renchérir le coût final des produits sur le marché.

L’UNACOIS, l’ACIS et le CEATLCS font également état de situations impliquant l’ouverture ou le transfert de conteneurs, ainsi que de marchandises qu’elles disent avoir été endommagées ou perdues. Elles réclament davantage de transparence dans les procédures et des mécanismes clairement définis en matière de responsabilité et de compensation.

Les organisations pointent également les difficultés qu’elles disent rencontrer dans leurs relations avec le COSEC et dans l’utilisation d’Orbus Infinity, qu’elles considèrent comme des facteurs supplémentaires de coûts et de complexité pour les opérateurs économiques.

Elles avancent, à ce titre, une estimation particulièrement lourde : les coûts logistiques et parafiscaux pourraient atteindre jusqu’à 45 % de la valeur d’une marchandise entre son prix FOB et sa sortie du Port de Dakar.

Ce chiffre, présenté comme une estimation par les organisations professionnelles, devrait toutefois être confronté à un audit indépendant afin d’en établir précisément la réalité et l’ampleur.

Pour sortir de cette situation, le secteur privé réclame un audit général et indépendant de la chaîne des coûts portuaires.

Les organisations demandent également le plafonnement et la publication officielle des différents tarifs appliqués dans l’espace portuaire, ainsi qu’une réforme de la gouvernance portuaire.

Elles souhaitent en outre une révision des textes réglementaires encadrant les tarifs et les prestations, notamment ceux relatifs aux consignataires et agents maritimes, ainsi qu’aux opérations de manutention des conteneurs et des véhicules.

L’objectif affiché est de rendre la chaîne logistique plus transparente, plus compétitive et surtout plus prévisible pour les entreprises.

Au-delà des questions commerciales et portuaires, les trois organisations mettent en avant un autre problème qu’elles considèrent comme fondamental : le déficit de dialogue entre les pouvoirs publics et le secteur privé.

Selon elles, les entreprises sont encore trop souvent mises devant le fait accompli lorsqu’il s’agit de décisions fiscales, douanières ou réglementaires.

Elles regrettent que les acteurs économiques ne soient pas suffisamment associés en amont à la conception des réformes qui affectent directement leur activité.

« Un dialogue où l’État parle et le secteur privé écoute n’est pas un dialogue », ont-elles martelé.

Pour l’UNACOIS, l’ACIS et le CEATLCS, la réussite des réformes économiques passe nécessairement par une implication plus forte du secteur privé dans leur conception, leur mise en œuvre et leur évaluation.

Les organisations proposent ainsi l’institutionnalisation d’un cadre permanent de dialogue public-privé, couvrant l’ensemble des secteurs de l’économie nationale. Elles souhaitent que ce mécanisme soit placé sous une coordination de haut niveau, notamment auprès du Premier ministre, avec un dispositif d’arbitrage et de suivi des décisions.

Elles préconisent également des rencontres régulières, des ordres du jour élaborés conjointement entre les parties et un mécanisme permettant de mesurer concrètement l’application des engagements pris.

Au terme de leur intervention, les trois organisations ont tenu à préciser qu’elles ne réclament ni subventions ni « l’aumône » de l’État.

Elles demandent plutôt la création de conditions permettant aux entreprises sénégalaises de se développer dans un environnement économique plus équitable.

Trois priorités ressortent de leur message :

1. Garantir des règles du jeu équitables pour l’ensemble des opérateurs économiques ;

2. Rendre le Port de Dakar plus performant, transparent et prévisible, notamment en matière de coûts et de délais ;

3. Donner au secteur privé une véritable place dans la conception des politiques économiques nationales.

Pour l’UNACOIS, l’ACIS et le CEATLCS, l’enjeu dépasse donc les seuls intérêts des entreprises. Il concerne également la préservation des emplois, la compétitivité de l’économie nationale, la pérennité des outils de production et la stabilité sociale.

Tout en réaffirmant leur disponibilité au dialogue, les organisations professionnelles préviennent que celui-ci ne peut plus se limiter aux consultations de principe.

Dans un environnement économique marqué par de fortes contraintes pour les entreprises, cette sortie constitue un nouvel appel adressé aux pouvoirs publics. Le secteur privé demande ainsi des réponses rapides sur la concurrence, les coûts portuaires, la fiscalité, la logistique et la gouvernance économique.

Derrière ces revendications se dessine une préoccupation centrale : éviter que les difficultés accumulées ne finissent par fragiliser durablement l’entreprise sénégalaise et, avec elle, une partie importante du tissu économique et social du pays. 

Sada Mbodj

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