Tribune Libre : Sharp Vision ou comment le pouvoir français s’invite dans la régulation des jeux africains !

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Dans le secteur hautement sensible des jeux et paris en Afrique, la société Sharp Vision n’est pas seulement une entreprise technologique, elle incarne une forme contemporaine. D’influence française, plus discrète, plus technocratique, mais tout aussi structurante. Fondée à Paris en 2022 et dirigée par Cyril Casanova, Sharp Vision se présente comme un prestataire chargé d’accompagner les États africains dans la modernisation et la régulation des jeux et paris. Derrière ce discours d’innovation, l’entreprise s’est imposée au cœur de dispositifs où se croisent fiscalité publique, données personnelles, contrôle des flux financiers et souveraineté numérique.

 

Présente dans plusieurs pays africains, dont le Sénégal, le Bénin, le Mali et la Guinée, Sharp. Vision intervient dans des secteurs stratégiques où la régulation n’est jamais uniquement. Technique. Elle est profondément politique. Une proximité assumée avec les sommets du pouvoir français. Le positionnement institutionnel de Sharp Vision interroge. La diffusion d’un entretien très valorisant de son fondateur a coïncidé avec une mise en scène assumée de proximité avec le sommet de l’État français : les dirigeants de l’entreprise ont été reçus au palais de l’Élysée. Une reconnaissance symbolique rare pour une entreprise privée opérant principalement sur des marchés africains sensibles. Ce signal politique n’est pas anodin. Il confère à Sharp Vision une légitimité institutionnelle qui dépasse le cadre habituel d’un simple prestataire technologique et l’inscrit de facto dans une sphère d’influence étatique. Une « régulation intelligente » aux contours politiques. Dans ses prises de parole publiques, Cyril Casanova défend une vision de la « régulation intelligente », fondée sur l’intelligence artificielle et l’exploitation des données des joueurs. Cette approche est présentée comme un outil de prévention des dérives et d’optimisation fiscale, davantage que comme un dispositif de surveillance. Mais une question politique s’impose : pourquoi la régulation de secteurs stratégiques africains repose-t-elle sur des technologies, des architectures de données et des choix structurants conçus et pilotés depuis la France ? Le constat est clair. La conception stratégique, la valorisation économique et la représentation institutionnelle de Sharp Vision s’organisent au sein de réseaux de pouvoir français. Cette configuration brouille la frontière entre assistance technique et influence structurelle. Des passerelles directes entre haute administration et intérêts privés. Cette lecture est renforcée par le parcours d’Anna Martins, aujourd’hui vice-présidente des affaires publiques et de la communication de Sharp Vision. Avant de rejoindre l’entreprise, elle a évolué pendant près de huit ans au plus haut niveau de l’appareil d’État français, occupant des fonctions stratégiques au sein de plusieurs cabinets ministériels, notamment dans les domaines du commerce extérieur et de la francophonie. Son arrivée chez Sharp Vision illustre une porosité assumée entre haute administration,  Diplomatie économique et lobbying privé. Une trajectoire qui éclaire la manière dont certains. Intérêts français à l’international se prolongent aujourd’hui à travers des entreprises. Technologiques présentées comme neutres. Sharp Vision et Honoré Gaming : un écosystème sous influence Sharp Vision fut conçu comme une filiale d’Honoré Gaming, dirigée par Christophe Casanova, frère du fondateur. Officiellement, les activités sont distinctes. Dans les faits, cette proximité familiale et industrielle soulève de sérieuses interrogations, dès lors que régulation et exploitation commerciale du marché des paris coexistent au sein d’un même écosystème. Plusieurs enquêtes journalistiques ont également mis en lumière les liens de cet ensemble avec le PMU, opérateur historiquement contrôlé par l’État français. Ces éléments dessinent un enchevêtrement d’intérêts publics et privés qui appelle un examen démocratique approfondi. Quand l’enquête journalistique devient un sujet sensible. C’est précisément cet angle qu’avait exploré le média d’investigation béninois Olofofo dans une enquête publiée en juin dernier. Le journal y décrivait Sharp Vision comme un possible cheval de Troie des intérêts français dans le secteur des jeux africains. Quelques jours après la parution de cet article, son fondateur, Hugues Comlan Sossoukpè, est arrêté à Abidjan, transféré au Bénin puis incarcéré. Les autorités affirment que cette arrestation n’a aucun lien avec son travail journalistique. Le calendrier des événements, lui, continue d’interroger. Depuis, le site d’Olofofo est inaccessible et ses canaux de diffusion sont silencieux. Une question politique ouverte. La convergence de ces éléments, proximité avec le pouvoir français, circulation de hauts profils administratifs vers le privé, rôle central dans des secteurs stratégiques africains, pose une question de fond sur les modalités contemporaines de l’influence étrangère sur le continent. À l’heure où la défiance envers l’influence française s’exprime de plus en plus ouvertement en Afrique, Sharp Vision apparaît comme un cas emblématique d’un modèle d’ingérence plus discret, technologique et institutionnel. Une influence discrète, mais structurante, dont les effets méritent d’être interrogés publiquement.

A. S.

 

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