Thierno Alassane Sall accuse : “La promesse de rupture a accouché d’une gouvernance clanique et d’un possible détournement de 37 milliards”

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Ancien ministre et député, Thierno Alassane Sall est monté au créneau contre le nouveau pouvoir. Dans une sortie au vitriol, il dénonce une gouvernance qu’il juge opaque, socialement brutale et minée par des conflits internes, tout en pointant un possible détournement de fonds publics dans l’affaire ASER. Une charge sévère contre un régime qu’il accuse d’avoir trahi l’espoir suscité chez les Sénégalais et au-delà.

Selon Thierno Alassane Sall, l’aventure politique portée par le nouveau pouvoir avait suscité une immense espérance, non seulement au Sénégal mais dans toute l’Afrique. Promesses d’éthique, de transparence, de fraternité et d’égalité des droits : le discours était porteur d’un idéal de transformation historique.

Mais pour le député, la réalité est tout autre. « Ce qui devait être un modèle pour l’Afrique s’est transformé en une monstruosité politique », affirme-t-il, dénonçant l’installation d’une guerre ouverte entre les deux têtes de l’exécutif. Une situation inédite dans l’histoire institutionnelle du Sénégal, pays longtemps cité comme référence de stabilité.

À ses yeux, cette crise n’est pas motivée par l’intérêt général, mais par une obsession du pouvoir et des échéances électorales de 2027 et 2029. « Les hommes d’État pensent aux générations futures, les politiciens à leurs prochaines élections », martèle-t-il

Thierno Alassane Sall fustige également ce qu’il décrit comme une gouvernance « sans empathie », marquée par des licenciements massifs, la remise en cause des bourses sociales et la précarisation de milliers de travailleurs.

Dans un contexte économique déjà fragile, ces décisions auraient, selon lui, aggravé la détresse sociale, tout en contrastant avec le maintien du train de vie de l’État au sommet. Voyages en jet privé, affrètements coûteux de l’avion présidentiel et multiplication de déplacements politiques sont cités comme autant de symboles d’un sacrifice exigé uniquement des plus faibles.

Cette asymétrie, estime-t-il, fragilise dangereusement le pacte social et nourrit un sentiment profond d’injustice.

L’ancien ministre accuse le régime d’avoir procédé à des recrutements « clanico-politiques » dans plusieurs structures publiques, au détriment de travailleurs sénégalais expérimentés, parfois titulaires de CDI.

Il évoque notamment des cas à la Caisse des dépôts et consignations, à Dakar Dem Dikk, à l’Office des Lacs du Sénégal (OLAC) ou encore au sein de programmes du ministère de la Formation professionnelle. Selon lui, des agents auraient été licenciés pour des motifs économiques contestables avant d’être remplacés par des proches du pouvoir, parfois venus de l’étranger, sans appel à candidature.

« Est-ce cela l’éthique ? Est-ce cela la fraternité ? », interroge-t-il.

Mais le cœur de son intervention concerne l’affaire ASER, qu’il présente comme un test décisif pour l’État de droit. Thierno Alassane Sall affirme avoir saisi le Pool judiciaire financier, déclenchant une enquête confiée à la Section de recherche.

Au centre du dossier : 37 milliards de francs CFA dont l’utilisation n’aurait jamais été clairement justifiée. Malgré la suspension du financement par les bailleurs espagnols et une décision initiale de l’ARCOP confirmée par la Cour suprême en novembre 2024, le gouvernement aurait multiplié les manœuvres pour donner l’illusion d’une normalisation du projet.

Il dénonce des décisions judiciaires contradictoires, une saisine jugée juridiquement contestable de chambres civiles pour une affaire administrative, et un activisme gouvernemental visant à rassurer les bailleurs sans répondre à la question essentielle : où est passé l’argent ?

« Tant que cette question restera sans réponse, aucun décaissement ne sera possible », prévient-il, n’excluant pas des poursuites judiciaires jusque devant les tribunaux espagnols.

Une justice fragilisée, un État de droit en danger car pour Thierno Alassane Sall, la confusion des rôles, l’instabilité des décisions judiciaires et l’instrumentalisation présumée des institutions constituent une menace directe pour l’État de droit. Il estime que la justice ne doit ni couvrir des intérêts politiques ni servir de levier dans des luttes internes au pouvoir.

En conclusion, le député insiste : le problème n’est pas seulement l’héritage économique difficile, mais la manière dont il est géré. Gouverner, selon lui, exige exemplarité, justice sociale et respect strict des institutions.

« Le patriotisme ne consiste pas à faire payer les plus faibles », conclut-il, appelant le sommet de l’État à assumer les sacrifices, à faire toute la lumière sur les affaires financières et à restaurer la confiance collective.

Mamadou Touré 

 

 

 

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